Artiste, une profession?

Publié le par Etudiants Paris 8

     Cette question a l’air anodin, comme ça, mais elle entraîne tout un processus de réflexion autour de l’art et de l’artiste : que sont-ils, à quoi servent-ils, pour qui, pour quoi ? Etc ! Je ne vais pas tenter de donner une réponse catégorique, mais plutôt de montrer le cheminement de ma pensée autour de cette question. Il me semble important, avant de commencer, de citer quelques définitions (extraites du Petit Larousse 2000) :

 « ART n.m (lat ars, artis). 1. Aptitude, habileté à faire qqch. Avoir l’art de plaire, d’émouvoir.
2. Ensemble des moyens, des procédés, des règles intéressant une activité, une profession ; activité, conduite considérée comme un ensemble de règles à observer. Art culinaire.
3. Création d’objets ou de mises en scène spécifiques destinés à produire chez l’homme un état de sensibilité et d’éveil plus ou moins liés au plaisir esthétique [] ».

 « ARTISTE n. 1. Personne qui pratique un des Beaux-Arts, un de leurs prolongements contemporains ou un des arts appliqués.
2. Interprète d’une œuvre théâtrale, musicale.
3. Personne qui, pratiquant ou non un art, aime les arts, la bohème, le non-conformisme ».

 « ARTISAN, E n. 1. Professionnel qui exerce à son compte un métier manuel, souvent à caractère traditionnel. 2. Être l’artisan de, l’auteur, le responsable de ».

 « PROFESSION n.f . 1. Activité régulière exercée pour gagner sa vie ; métier.
2. Ensemble des personnes qui exercent le même métier ; réunion de leurs intérêts communs.
3. Faire profession de : déclarer, reconnaître ouvertement.
4. Profession de foi. a. Affirmation faite publiquement par qqn concernant sa foi religieuse et, par ext., ses opinions, ses idées, etc ».

      Tout d’abord, qu’est-ce qu’un artiste ? De mon point de vue, c’est une personne sensible à ce qui l’entoure, dont le travail résulte d’une pensée, d’un concept, et qui vise à transmettre un message, ou du moins à inciter le spectateur à se questionner ou à ressentir, à éprouver des émotions dans un but plus ou moins précis. « L’artiste n’existe que reconnu ». Que faire, alors, des gens qui ne peignent, ne dessinent ou ne s’adonnent à une autre pratique artistique que pour leur seul plaisir, sans commercialiser leurs créations  ou les offrir à tout autre regard que le leur (ou celui de leur entourage) ? S’agit-il d’ « artistes », comme nous l’entendons ? L’art est un moyen d’expression, certes, mais il permet avant tout (selon moi) de s’évader du quotidien. Ou plutôt, il offre la possibilité, à celui qui crée comme à celui qui regarde, de s’envoler, de s’épanouir (tant sur le plan intellectuel, quand l’ouvrage, pour ne pas dire « œuvre », résulte d’un concept, que sur le plan esthétique : la beauté nous émeut, nous fait ressentir des sensations positives, parfois indéfinissables… Mais je ne voudrais pas avoir à définir la Beauté, ce serait bien trop long et compliqué !). L’art comme thérapie pour celui qui fait. Comme partage, aussi : offrir au regard de l’autre, à la sensibilité de l’autre. L’art suppose-t-il forcément  un créateur ET un récepteur ?  
     
 L’art et la culture font partie intégrante de notre société. Ils peuvent la transformer. La preuve : les avant-gardes du début du XXème siècle, qui ont rompu avec toutes les valeurs classiques depuis la Renaissance. À cette époque, il n’y avait pas d’artistes, mais des artisans, qui travaillaient au service de commanditaires (l’Église ou des personnages puissants, importants, dignes d’être immortalisés, voulant prouver leur foi chrétienne, etc.). Il s’agissait d’une profession, d’un moyen de gagner sa vie. Mais cela supposait aussi et surtout un savoir-faire, un certain « génie » (pas seulement une technique). La société a évolué (elle s’est laïcisé par exemple), et l’art aussi. La fonction de l’artiste a changé, ainsi que ses moyens de communication, d’élaboration.  Il suffit de regarder l’art flamand, de la même époque que l’art italien, ou plutôt la société flamande : pas d’Église, pas de commanditaires importants. Chacun pouvait créer, vendre, commander des tableaux. L’art était accessible à tous, à la portée de tous, son marché était beaucoup plus libre et étendu. Il s’agissait moins d’une seconde source de revenu que d’une distraction, d’un véritable échange/partage. 
     
L’apparition d’institutions muséales a également joué un rôle important dans la nature et la fonction de l’art. Lieu matériel, elles apparaissent d’abord comme un garant de l’intégrité matérielle des œuvres. Mais on voit de plus en plus se renforcer son autre aspect : sa dimension de présentation. Certaines œuvres sont invendables (les monuments empactés de Christo & Jeanne-Claude, par exemple, ou bien les performances). En cela, le musée présente des doubles ou des copies ; les photos et vidéos tenant lieu et place des œuvres réelles. La vidéo n’est qu’une reproduction de l’action réelle, un simulacre de l’œuvre.  
     
Pour qu’un artiste ou un groupe d’artiste (avant-garde) ait la possibilité d’avoir un impact quelconque sur la société, la possibilité d’apporter des changements (de mentalités par exemple), il doit d’abord être reconnu par un large public. Être exposé dans un musée, une académie, ou un lieu public d’exposition constitue une reconnaissance suprême (de même que le commanditaire de la Renaissance italienne était digne d’être immortalisé, le tableau exposé au musée a été jugé digne, par les représentant de la Société, d’en garder une trace dans l’Histoire). Mais l’artiste peut (heureusement) se passer de cela pour se faire connaître.

(Malheureusement), la plupart des gens pensent (encore) que l’art n’est destiné / ne s’adresse qu’à une catégorie de personne (élite), et l’assimile forcément à un objet esthétique. Mais l’œuvre peut n’être qu’une idée, un concept (Art Conceptuel, par exemple, ou manifestes). L’accent peut n’être porté que sur le processus créatif lui-même (et non sur le résultat final). Pour être (re)connu, l’artiste doit avant tout être compris (nous l’aurons compris !).

Je dirais donc qu’être artiste PEUT être une profession (en tant qu’activité régulière exercée pour gagner sa vie), comme cela peut n’être qu’une simple activité. On peut se contenter de pratiquer « l’art » pour son seul plaisir, comme on peut vouloir transmettre un message à notre temps et aux époques ultérieures (en bref entrer dans l’Histoire (de l’Art)). Mais dans ce dernier cas, comme nous l’avons vu, il faut parvenir à se faire connaître, et cela exige un travail à plein temps !

      J’espère que vous aurez compris ce que je tente d’expliquer. Tant d’idées vagues, de pensées floues… Il est difficile de mettre les mots sur quelque chose qui n’en a pas toujours…  Et cela touche tant de domaines, que même la réalisation d’un schéma me paraît impossible !

(Il y a un ouvrage très intéressant là-dessus : Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne, Forence Mèredieu, Larousse, 2004).

                                                                                                                                 Zoé Bihouis (208 230)

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S
Ah oué.
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