Balkan Baroque / commentaire
Balkan Baroque est une performance solo de Marina Abramovic qui eut lieu à la Biennale de Venise de 97 et qui dura 4 jours et 6 heures. Les matériaux utilisés par Marina Abramovic pour cette performance furent les suivants : 1500 os, un seau en cuivre, une bassine en cuivre, de l’eau et une vidéo à canaux sur lesquels figuraient ses parents ainsi qu’elle même.
Pendant 4 jours l’artiste a nettoyé les os tout en chantant des chansons populaires d’ex-Yougoslavie. En corrélation directe avec la guerre de Yougoslavie, l’artiste exprime une catharsis où la voix accompagne l’acte qui consiste à laver les os. Les chants qui accompagnent on actions sont des chansons populaires traditionnelles des anciennes provinces de Yougoslavie. En parallèle, l’artiste apparaît en scientifique vêtue d’une blouse blanche animant une conférence sur une espèce de rat qui dévore ses congénères.
La voix féminine d’Abramovic est comme une berceuse funèbre et tendre qui accompagne l’action de laver les os à l’eau . Abramovic associe la douceur des chants, et cette vidéo qui évoque l’horreur de la purification éthnique ; elle réalise une œuvre qui associe la nostalgie, la poésie, une indicible tristesse théâtralisée d’une part, à l’idée centrale de la mémoire et de l’histoire d’autre part. Histoire intime et collective s’unissant dans ce travail dans une complexité des émotions qui rend hommages aux morts et aux endeuillés.
Les vidéos évoquent et rappellent d’une part la famille c’est à dire l’histoire intime de l’individu, d’autre part l’histoire politique, à travers la scientifique qui, sous couvert d’un costume associé au savoir et à la connaissance, incarne et évoque la purification ethnique.
Télescopant la projection des trois vidéos et la fragilité de son dispositif théâtral, autour du carnage, l’artiste met en lumière la tristesse intime avec pudeur et gravité, et la dénonciation de la barbarie.
Elle pose un regard, le sien, montre celui des autres, les endeuillés, et appelle celui des spectateurs à considérer les disparus.
Marina Abramovic s’inscrit dans une action qui dure, s’étale, où elle ne peut prévoir sa résistance physique, ni la réaction des spectateurs duquel dépend une certaine qualité d’interaction avec l’oeuvre.
Son idée est absurde comme tout ce qui touche à la poésie dont l’essence semble se noyer dans l’inutile au profit de la saveur des émotions qui permettent de survivre quand on les honorent.
Marina Abramovic semble se frayer une voie artistique radicalement affranchie qui semble décloisonner tous les codes où la notion de genre est floue, où se croisent, théâtre, performance, chant, art vidéo et où l’œuvre hybride fait du regard un matériaux et un enjeu auquel l’artiste ne se soumet pas mais qu’elle utilise et convoque.
Balkan Baroque est une œuvre politique pas parce qu’elle restitue des faits historiques de façon réaliste, mais parce qu’elle un acte qui réunit le deuil, l’avertissement, l’analyse, et qui témoigne d’une période de l’histoire, ceci d’une manière assez troublante : dans une telle action, ce qui semble fort et intéressant c’est le paradoxe ; la sensation d’écœurement que l’on pourrait ressentir à la vue des ces 1500 os lavés un par un soigneusement dans un sceau d’eau pedant quatre jour et la fragilité de ces chants troublés qui permettent l’émotion et la tristesse rendant possible la place du chagrin.
Marie (N°251198)
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