Yang Cheng à la galerie d'art Orem art contemporain chinois par Marine Chollet 237611

Publié le par Etudiants Paris 8

Article consacré à Yang Cheng.

 

Galerie Orem

16 rue de Poitou

75003 Paris.

Tél : 01 42 77 76 00

Métro : Filles du Calvaire.

" Un pinceau de lune

Entre les feuilles sèches

Redessine la nuit

A petits coups de langues blanches

La lumière glisse et luit

Comme une longue mèche

Se consume dans le noir

Pour trouver le brouillard d’écumes

La toile s’imprime de signes

Et nos rétines s’allument

Inondées par la clarté

Qui flotte entre vagues et branches

Et nos regards voient

Les racines sous les courants de formes

David Myriam, Brouillard d’écumes.

Irrésistible clair-obscur qui aguiche l’œil du spectateur tenté immédiatement de pénétrer dans un monde ténébreux que nous propose l’artiste peintre Yang Cheng. Bercée dans un flot de lumière percé de nuées d’ombres, les toiles de Yang Cheng nous offre à voir des plans rapprochés de nus dissimulés au travers d’une opaque brume. L’artiste semble nous inviter à pénétrer, comme le suggérait Alberti, dans un monde certes, mais ici il s’agit d’un monde non figurant le réel, un monde nous âppant vers un onirisme construit à la mesure d’une célébration de la grâce humaine. A la contemplation, le regard s’égare, se perd et erre dans les masses picturales empreintes d’irréel qui tendent presque à conférer aux personnages une touche divine, ou plus justement sacrée. Yang Cheng nous entraîne dans un univers où les éléments ici absents n’auraient aucune densité, ou y seraient de l’ordre de l’impalpable. De ses toiles se dégage un sentiment d’effacement, peut-être celui d’un regard fuyant, sans pour autant priver le tout de sa consistance.

Mais à l’invitation vers l’imaginaire, la raison tente de se frayer un passage entre ces marbrures qui dissimulent les corps. En effet, l’on se prend rapidement à tenter de discerner les silhouettes humaines par repérage dans un espace vierge de perspective et dont la profondeur n’est notée que par l’alternance et le jeux des valeurs de gris entre elles. L’on tente de recomposer par reconstitution mentale un corps que l’on devine plus que l’on perçoit. C’est que Yang Cheng désire que l’on vagabonde à travers cet espace et que le regard se fonde dans l’épaisseur de la toile. Il se risque à la conjugaison de la raison et de l’imaginaire afin que ces deux derniers entrent dans une tension qui confère une interaction à l’œuvre pour son spectateur tiraillé entre une envie de se laisser aller à l’errance que suggère cet espace et une pulsion cartésienne qui essaie de faire émarger des limbes les lignes d’un corps humain ; discerner ce qui est objectivable.

Mais comment comprendre un monde peuplé par des êtres dont les chairs sont dissimulées et fondues dans des tondos? Doit-on y voir l’homme ou la femme baigné par des nues en appelant à la félicité, ou bien un paysage hostile qui rongerait l’être qu’il abrite pour l’en faire disparaître de sa surface? Car les nappes de brouillard tendent bien à effacer la surface humaine de la toile, vidant les corps de leur poids. Mais ne serait-ce pas davantage une traduction plastique du caractère éthéré de ces êtres malgré tout privés d’identité ? On serait tenter de croire que le tondo, de sa forme sphérique et parfaite, habillerait l’homme d’une grâce, construisant un hymne à la félicité par l’épanouissement des formes et la mouvance des corps dans un espace où l’homme baignerait dans son élément. Ne serait-ce pas davantage des icônes, de la fertilité pour le nu féminin, de la virilité pour le nu masculin, le tout oeuvrant pour une sacralisation de l’homme ? L’ambiguïté demeure tandis que nos questions restent sans échos dans ce monde étouffant les bruits de son épaisseur.

NB :  pour avoir un aperçu du travail de l'artiste rendez-vous sur le site de la galerie orem à l'adresse suivante: www.galerieorem.com

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